Les représentants des salariés des chantiers navals de Saint-Nazaire reprochent notamment au groupe italien son manque de clarté sur son projet industriel. Fincantieri est le seul candidat à avoir déposé une offre de reprise.

 

Il est l'unique candidat à la reprise des chantiers navals STX de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Sur les trois candidats officiellement déclarés, le groupe italien Fincantieri, détenu en majorité par l'État italien via la Caisse des dépôts locale, est en effet le seul à avoir déposé une offre au tribunal de commerce de Séoul, mardi. Et pourtant, il est encore loin de faire l'unanimité auprès des syndicats des ex-chantiers de l'Atlantique.

«On se pose encore plein de questions sur leur véritable projet industriel», a réagi Christophe Morel de la CFDT à l'AFP. «C'est une déception, c'est pas le candidat que l'on soutenait», a souligné pour sa part François Janvier de la CFE-CGC. «Nous demandons au gouvernement de mettre en place la loi de protection des entreprises stratégiques», a indiqué Nathalie Durand-Pringbrogne de FO dans les colonnes des Échos. La raison? le syndicat craint notamment la disparition du bureau d'études. Contrairement à sa maison mère STX Offshore & Shipbuilding, la filiale française, qui compte 2600 salariés et fait travailler environ 5000 sous-traitants, est en pleine forme avec un carnet de commandes très bien rempli.

Prochaine échéance, le 3 janvier

Dans les faits, c'est surtout le projet social, grande inconnue de cette offre, qui inquiète les syndicats. Et pour cause, les deux entreprises, en opérant sur le même marché, sont des concurrents directs. Le constructeur italien fabrique des yachts, des navires de guerre, des sous-marins mais surtout des navires de croisière qui représente la moitié de son chiffre d'affaires. Il a notamment construit le Queen Elisabeth et le Costa Concordia. Un rachat de STX France par Fincantieri entraînerait nécessairement des doublons, que le groupe italien serait contraint de supprimer. Autre inquiétude: la Chine. Le groupe italien a en effet créé une entreprise conjointe avec China State Shipbuilding Corp, en juillet dernier. Objectif affiché, alimenter le marché chinois de la croisière, en plein développement. Selon les chiffres du ministère des Transports chinois, le marché de la croisière a atteint un million de passagers en 2015, et devrait grimper jusqu'à 4,5 millions de voyageurs en 2020. Si STX France entre dans le giron de Fincantieri, un «transfert» de technologie pourrait être opéré vers l'Empire du Milieu, craignent les syndicats. «C'est une piste dangereuse. D'une part, Fincantieri a vendu du savoir-faire aux Chinois. D'autre part, si le marché de la croisière devient moins florissant, il risque de favoriser son site italien plutôt que Saint-Nazaire», résumait dans Ouest France Yannick Vaugrenard, sénateur PS de Loire-Atlantique.

Le consortium formé par le néerlandais Damen, MSC et Royal Caribbean faisait figure de favori auprès des syndicats et des élus. Mais le dossier est absent de la table des négociations pour l'instant. En revanche, le groupe français DCNS se dit toujours prêt à étudier une prise de participation minoritaire, «une fois le repreneur connu», affirme Ouest-France. Le tribunal de Séoul doit annoncer sa décision le 3 janvier prochain. «Si le prix proposé est trop bas, l'offre sera refusée et un nouvel appel d'offres sera lancé», a déclaré le porte-parole du tribunal. STX Offshore & Shipbuilding est sous le contrôle de ses créanciers depuis 2013, dont la banque publique Korea Development Bank. Ceux-ci ont lâché plus de 4.000 milliards de wons pour l'aider à faire face à ses échéances (3,2 milliards d'euros).